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par Madame le Bâtonnier Catherine Glon et Maître Jean Danet, avocat honoraire, universitaire
le 04 Septembre 2025

La disparition tragique de Maxime Tessier afflige tous ceux qui le connaissaient. Elle nous frappe avec une violence terrible parce qu'il était jeune, talentueux et chaleureux. Un être bienveillant, solaire.
À Rennes, Nantes, Brest, Vannes ou Saint-Nazaire, des avocats, magistrats, gens de justice ont éprouvé le besoin de se rassembler pour saluer sa mémoire et partager la peine de sa famille et de ses amis. L'émotion était à la mesure du choc ressenti par tous.
Les hommages qui lui sont rendus n’empruntent rien à la convention. Ils incarnent l’expression véritable et authentique de la juste admiration que nous éprouvions tous. Et de notre indéfectible affection.
Lui rendre hommage dans cette revue, c'est bien sûr évoquer le parcours exceptionnel d'un jeune avocat qui en dix ans d'exercice aura marqué ses confrères tout comme les magistrats devant lesquels il a plaidé.
Mais avant même de prêter serment, Maxime Tessier fut un étudiant immédiatement remarqué par l'équipe pénaliste de la faculté de droit de Nantes. Dès la première année de droit, l'alacrité de son esprit nous avait frappé. Sa générosité aussi.
Pour lui, il ne servait à rien d'avoir tout compris avant les autres s'il n'aidait pas ses camarades. Ils sont tout un groupe, aujourd'hui avocats, qui garde un souvenir lumineux de ces années d'études et de ce qu'elles doivent à Maxime.
L'un d'eux, Quentin Pelletier se souvient avec émotion de l'aide si précieuse que Maxime lui apporta durant les deux années de son mandat de Vice-président étudiant de l'Université de Nantes qui lui faisait manquer des cours. Il ne suffisait pas à Maxime de lui fournir ses notes, il veillait à ce que son camarade ne décroche pas, prenant le temps d'être pour lui comme un véritable répétiteur, toujours disponible.
Tout était bon pour l'insatiable curiosité intellectuelle de Maxime. Son emploi, l'été aux Sables d’Olonne, d'Agent de Surveillance de la Voie Publique dans la police municipale, qui lui permettait de financer ses études, nous valut des analyses fines (et drôles !) de la relation complexe du touriste à l'autorité. Mais cela n'empêchait pas qu'il engage l'année universitaire suivante en ayant dévoré une liste conséquente d'ouvrages de toute nature, et bien au-delà du seul droit positif.
Son mémoire de Master 2 titré Les procédures de la criminalité organisée devant la Cour de cassation publié dans la collection « Bibliothèques de droit » dirigée par Jean-Paul Céré chez « L'Harmattan », témoignait des qualités de rigueur du juriste qu'il était devenu comme de son intérêt pour des questions nouvelles devenues depuis lors toujours plus sensibles. Ses analyses retinrent l'attention de Didier Boccon-Gibod premier avocat général, qui y fit référence dans l'un de ses avis à la Chambre criminelle. Une carrière universitaire était possible. Le professeur François Rousseau se proposait de diriger sa thèse. Maxime hésita. Et puis l'attrait du métier d'avocat, et de pénaliste pour être précis, l'emporta. Il est vrai que sa participation au concours Lombois à Poitiers avait révélé qu'en plus de penser juste, son éloquence était remarquable et elle fut remarquée.
Le temps passé à l'Ecole des Avocats du Grand Ouest ne fit que corroborer l'opinion commune sur ces qualités. Personne ne fut surpris qu'un stage au cabinet « Avocats liberté » fut suivi d'un contrat de collaboration et d'une association.
Intégré en qualité d’élève avocat en 2014 au sein du cabinet, collaborateur exceptionnel durant cinq ans, il fut associé dès 2020. C’était une évidence, et la perspective d’une réussite commune à laquelle il a magistralement contribué.
Maxime fut parmi les plus jeunes confrères à obtenir la spécialité en droit pénal, impressionnant par ses connaissances et son engagement. Dès sa première année d’exercice, il a assumé, à nos côtés ou seul, la défense pénale dans d’importants dossiers criminels, s’attachant déjà à tous les aspects de la défense, doté de capacités pédagogiques exceptionnelles à l’attention des jurés, en ce compris le sens de la peine et les mécanismes de l’application des peines, souvent négligés à l’audience elle-même.
Le parcours de Maxime Tessier aura suffi en dix ans d'exercice à graver dans nos esprits le profil d'un pénaliste d'exception.
Très vite il démontra une « créativité » selon le mot de François Saint-Pierre, une imagination dirait un autre qui ouvrait la voie à des décisions marquantes. Lecteur assidu de Mireille Delmas-Marty, Maxime Tessier entendait bien en effet dans son exercice d'avocat mobiliser toutes « les forces imaginantes du droit ».
Ainsi en fût-il par exemple devant le Conseil Constitutionnel (Cons. const., décision n° 2021-911/919 QPC, du 4 juin 2021 N° Lexbase : A95174TN) contre la tentative de généraliser la visioconférence « devant toutes les juridictions pénales » via l'ordonnance du 18 novembre 2020.
Dans l'affaire Vecchi, encore devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Lyon, statuant après deux renvois sur cassation, où la défense obtint sur le fondement de l'article 8 de la CESDH que soit refusée la remise du mis en cause à l'autorité italienne en exécution d'un mandat d'arrêt européen (CHINS Lyon, 24 mars 2023).
Devant la chambre de l'instruction de Rennes dans l'affaire « Le Scouarnec » (CHINS Rennes, 9 déc. 2022) où l'examen des questions de prescription de l'action publique exigea un travail énorme et méticuleux débouchant sur une infirmation partielle de l'ordonnance du juge d'instruction.
Mais, tressée serrée avec cette intelligence du droit, la réflexion de Maxime portait aussi sur l'éthique de la défense. Une réflexion qu'il aimait nourrir des échanges avec des confrères expérimentés à l'Institut de défense pénale notamment.
À la barre, des deux côtés de la barre, en défense et en partie civile, Maxime Tessier n'entendait céder ni aux postures agressives ni à la complaisance, ces deux figures d'une même paresse intellectuelle qui peut tous nous guetter. Ce qui nous valut à Vannes, au terme d'un procès épuisant, d'entendre ses contradicteurs du ministère public et des parties civiles rendre hommage à son travail d'audience et à son profond respect de chacune et chacun.
Maxime était aussi véritablement adulé par ses clients tant il instaurait une relation à la fois respectueuse et chaleureuse. Chaque personne qui franchissait sa porte était immédiatement considérée dans toute sa plénitude et sa complexité.
Il agissait de même avec les collaborateurs et les élèves avocats. Car l’éthique du travail en équipe lui tenait à cœur lorsque, très vite, il s'est agi pour lui de former dans son cabinet des collaborateurs ou d'assurer avec notre excellent confrère Thibaud Kurzawa la défense dans ce procès hors normes, à Vannes au printemps dernier.
Il est rare qu’au sein d’un cabinet, en particulier dans le pôle pénal, s’installe une entente, une complicité telles que le mot ensembles s’impose en permanence.
Ensembles dans les discussions sur les dossiers, ensembles dans les réflexions sur la conduite éthique réinterrogée constamment, ensembles dans les audiences, ensembles aussi dans le rire et la joie.
Entreprenant, audacieux, curieux de tout, il portait l’équipe et l’entraînait allègrement, dans un bouillonnement permanent. Il adorait transmettre son savoir, le partager et répondait enthousiaste aux sollicitations de très nombreuses institutions, la Faculté de droit, l'EDAGO et aussi les médecins légistes.
Maxime donnait au travail bien plus qu'on ne lui doit. C'était peut-être à la fois une force et une fragilité. Sa disparition nous oblige en tout cas à nous interroger sur les exigences et les risques conséquents du métier de pénaliste. Ce n'est pas la moindre des questions qu'il nous oblige à affronter.
Maxime nous manque à tous. Et nous n'avons pas fini de nous demander, nous, ses amis, « Qu'en aurait pensé Maxime ? ». Et bien sûr, l’absence de Maxime au sein du cabinet Avocats liberté est infiniment douloureuse. Mais sa présence subsiste, non comme une conjuration, mais comme la certitude qu’il n’est pas de totale disparition, tant son empreinte demeure.
Il nous laisse à tous bien plus que les images muettes d'un jeune talent qui nous quitte aux prémices de son apogée. Sa créativité, sa bienveillance, nous disent qu'il faut continuer sur les chemins où il s'était engagé avec tant d'ardeur.
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