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par Axel Valard
le 06 Novembre 2025
La société Airbnb tire-t-elle profit du conflit israélo-palestinien ? C’est en tout cas ce que pense l’association Juristes pour le respect du droit international (Jurdi). Celle-ci vient d’assigner la célèbre plateforme de locations entre particuliers devant le tribunal judiciaire de Paris. Elle l’accuse de soutenir les crimes de guerre en proposant à la location des biens situés dans les territoires palestiniens occupés par Israël en Cisjordanie. Un tour sur le site suffit à se rendre compte qu’il y a effectivement de multiples annonces dans ces territoires que la plateforme qualifie pudiquement de « disputés ».
« En proposant ces logements, [Airbnb] contribue à la normalisation et à la pérennisation du régime colonial en apportant des ressources financières aux colons et en légitimant leur présence », indique notamment l’assignation, d’après BFMTV. Le sujet n’est pas nouveau et revient régulièrement. Le 16 octobre dernier, c’est la Ligue des droits de l’homme (LDH) qui annonçait avoir déposé une plainte au pénal contre Airbnb et son concurrent Booking à ce propos. Voici donc le volet civil porté, cette fois, par l’association Jurdi.
Des contrats illégaux même en France, selon Jurdi.
La présence israélienne dans les terres palestiniennes est largement documentée. Ainsi, Jurdi s’appuie notamment sur un récent rapport de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale sur le sujet pour les Nations-Unies. Dans ce document, elle a répertorié 350 logements à la location dans ces territoires sur Airbnb, contre 139 en 2016. Preuve, d’après Jurdi, que le problème prend de l’ampleur. Suffisamment en tout état de cause pour accuser la plateforme de « recel » et de « blanchiment du produit de crime de guerre ».
Reste à savoir si cette initiative judiciaire a des chances de prospérer en France. L’association a longuement planché sur le sujet et pense que oui. Tout simplement parce que les contrats à la location sur ces territoires sont « contraires à l’ordre public » et donc « illégaux », selon elle. Et comme les annonces sont proposées à la location à des Français, elle s’estime légitime à porter le sujet devant le tribunal judiciaire de Paris.
Attaquant au civil en complément de la plainte pénale de la LDH, Jurdi demande à la justice de contraindre Airbnb à retirer les offres litigieuses accessibles dans l’Hexagone. Faute de quoi, elle réclame 5 000 euros d’astreinte par jour de retard, à compter du huitième jour suivant le jugement.
Airbnb assure reverser les bénéfices à des associations.
Du côté d’Airbnb, on se défend de tirer profit de la situation. « Du fait de notre présence dans le monde entier, nous sommes et continuerons d’être confrontés à des situations complexes, fait-elle ainsi valoir. Nous restons déterminés à aborder chacune de ces situations avec la plus grande attention ».
Là aussi, la défense de la plateforme n’est pas nouvelle. En 2018 déjà, elle avait été accusée sur le même volet. Elle avait alors décidé de supprimer les annonces litigieuses avant de faire machine arrière en raison du risque de poursuites judiciaires annoncées par des clients mécontents, notamment aux États-Unis. La plateforme a donc tranché en prenant une décision baroque : elle maintient les annonces mais décide de reverser intégralement les bénéfices qu’elle en tire à des organisations à but non lucratif, sans en dévoiler la liste. D’après les éléments communiqués, elle aurait ainsi reversé 16 681 dollars entre mars 2024 et avril 2025, s’agissant de locations conclues en Cisjordanie mais aussi en Abkhazie et en Ossétie-du-Sud.
Une réponse qui ne satisfait pas les avocats de Jurdi. « En fait, c’est même une forme d’aveu si l’argent est sale au point qu’Airbnb souhaite le reverser à des associations, indique ainsi Julien Bayou. Cela ne change rien au fond. Même sans conserver les commissions perçues, cette plateforme aide des propriétaires situés dans les colonies à s’enrichir...».
C’est désormais à la justice de se prononcer sur cela. Airbnb assure avoir reçu l’assignation en question. Elle a donc pu voir qu’une première audience de mise en état était d’ores et déjà programmée le 13 janvier prochain.
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