Le Quotidien du 11 décembre 2025 : Actualité judiciaire

[A la une] Brigitte Macron au coeur d’une polémique pour avoir qualifié des militantes féministes de « sales connes »

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par Axel Valard

le 10 Décembre 2025

Une première Dame n’aurait sans doute pas dû dire ça… Brigitte Macron est au coeur d’une polémique depuis qu’elle s’est rendue, dimanche 7 décembre, aux Folies Bergères pour assister au spectacle du comédien Ary Abittan baptisé « Authentique ». La faute a une courte vidéo publiée, dès le lendemain, par le site du magazine people Public où on voit l’épouse du chef de l’État tenir des propos insultants à l’égard de militantes féministes.

Pour bien comprendre l’affaire, il faut en réalité remonter au samedi 6 décembre, au même endroit. Alors qu’Ary Abittan est sur scène, quatre militantes du mouvement #NousToutes pénètrent dans la salle de spectacle. Elles sont affublées d’un masque à l’effigie du comédien et scandent « Abittan violeur ! Abittan violeur ! » en faisant référence à des accusations pour lesquelles il a été blanchi, en début d’année. Les militantes sont exfiltrées. Et le spectacle, dont les places sont vendues de 37 à 70 euros, reprend.

Le lendemain, Brigitte Macron se rend à la représentation avec sa fille. Mais, en coulisses, avant que les choses ne démarrent, elle discute avec Ary Abittan sans se douter qu’elle est alors filmée. Alors que le comédien lui confie sa « peur » que son spectacle soit à nouveau perturbé, la première Dame répond, dans un grand rire : « S’il y a des sales connes, on va les foutre dehors ! ».

« Une critique de la méthode radicale ».

Dès sa publication, la vidéo de Public s’est répandue comme une traînée de poudre. Forçant Brigitte Macron à faire réagir ses proches pour préciser sa pensée. « Il ne faut voir dans cet échange qu’une critique de la méthode radicale employée par ceux qui ont perturbé, masqués, le spectacle d’Ary Abittan, samedi soir ».

Il n’empêche que Brigitte Macron est parvenue, chose rare par les temps qui courent, à faire l’unanimité politique contre elle. De La France Insoumise au Rassemblement national, tous les élus interrogés sur l’épisode ont critiqué la prise de parole de l’épouse du chef de l’État. Y compris ceux de son propre camp, à l’image de la députée Ensemble Prisca Thévenot, ancienne porte-parole du Gouvernement, qui a déploré des propos « pas élégants ».

Un problème bien au-delà de « l’affaire Ary Abittan ».

Les propos de Brigitte Macron interviennent sur une affaire particulière. Ary Abittan a été visé par une plainte pour viol déposée par une de ses compagnes en septembre 2021. Très rapidement, le comédien avait mis en examen pour ces faits, sur la base des éléments concrets déposés par la plaignante (plainte immédiate, messages à des amies, constatations médico-judiciaires). Mais après plusieurs mois d’instruction, un juge avait finalement basculé le comédien vers le statut plus favorable de témoin assisté. Et dans la foulée, il avait rendu une ordonnance de non-lieu. Ordonnance confirmée par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, en janvier dernier. « La vérité judiciaire, c’est qu’il est innocent, décrypte donc un fin connaisseur de ce dossier. Mais la plaignante, elle, est toujours traumatisée. Et se demande ce qu’elle aurait pu faire de plus pour qu’on la croie... ».

Au regard de cette décision validée par plusieurs magistrats, on ne peut donc pas scander « Abittan violeur » au beau milieu de son spectacle. Est-ce à dire que celles qui le font sont des « sales connes », comme l’a lancé Brigitte Macron ? La réalité est évidemment beaucoup moins manichéenne.

Et l’action « radicale » des militantes n’est pas tant à mettre en regard de l’affaire Ary Abittan qu’au regard de la politique menée par le Gouvernement pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Sept ans après avoir obtenu le label « Grande cause nationale », ce combat est un échec. Toutes les autorités le reconnaissent en mettant en avant le fait qu’une femme est victime de gestes ou de propos sexistes toutes les 23 secondes en France et qu’une tentative de viol ou un viol a lieu toutes les 2’30 sur notre territoire.

Il y a évidemment d’autres façons de manifester son opposition à une façon de gouverner le pays que de perturber le spectacle d’un acteur, fût-il innocent aux yeux de la justice autant que l’est Ary Abittan. Mais ce que les féministes ont sans doute voulu rappeler par ce happening, c’est que le problème vient peut-être moins des « sales connes » que des hommes qui commettent des violences sexistes et sexuelles chaque jour.

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