Le Quotidien du 13 avril 2026 : Actualité judiciaire

[A la une] Détournement de fonds publics : à 77 ans, Patrick Balkany (encore) rattrapé par les affaires judiciaires

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par Axel Valard

le 10 Avril 2026

Au moment de plaider, après quatre jours d’audience tendus, c’est Robin Binsard, l’avocat de Patrick Balkany qui a le mieux résumé la situation de son client : « à 77 ans, il aspirait à autre chose que de terminer sa vie en arpentant les tribunaux... » Seulement voilà, la justice n’en a pas terminé avec l’ancien baron des Hauts-de-Seine.

Démis de ses fonctions de maire de Levallois-Perret en 2019, en raison de ses déboires judiciaires et de la peine d’inéligibilité qui les a accompagnés, Patrick Balkany ne pèse plus rien en politique. Il y a quelques semaines, la liste « Generation Balkany » qu’il a poussée dans son ancien fief a piteusement échoué à se qualifier au second tour en ne recueillant que 7 % des voix, au premier tour. Mais les magistrats, eux, n’ont pas oublié les années Balkany. Les décennies, même...

C’est ainsi que l’ancien maire s’est retrouvé toute la semaine à la barre de la 15ème chambre du tribunal judiciaire de Nanterre pour répondre, non pas d’une affaire, mais de deux dossiers de « détournement de fonds publics » et de « prise illégale d’intérêts ».

Un proche placé à la tête d’une association satellite de la mairie ?

Le premier à être examiné portait sur l’emploi présumé fictif d’un de ses proches dans une « association-satellite » de la mairie de Levallois. Ancien collaborateur de Patrick Balkany à la ville, Renaud Guillot-Corail avait pris sa retraite en 2012. Mais immédiatement après, il a pris la direction du CODEEIL, une structure dédiée prétendument au développement économique à l’international de la ville. Pour lui payer un salaire de 5 547 euros par mois, les subventions octroyées par la mairie ont bondi. Mais pas l’activité de l’association.

À l’issue d’une journée laborieuse de débats, la procureure de la République a estimé que Patrick Balkany avait mis en place un système, un « écosystème » même, qui a profité à celui qu’il présente encore aujourd’hui comme « un collaborateur ». Décédé en 2020, Renaud Guillot-Corail n’a jamais pu être interrogé dans cette procédure. Mais l’accusation a empilé tous les avantages et les nombreux voyages dont il a bénéficié grâce à la carte bleue de l’association.

« J’ai été maire 31 ans. Je n’ai jamais eu d’emploi fictif. Je n’ai jamais mis qui que ce soit, ma famille, mes amis, machin à tel poste ! Jamais ! Jamais ! », s’est époumoné Patrick Balkany, à la barre. Peine perdue : la procureure a requis une peine de trois ans d’emprisonnement dont 18 mois ferme, 350 000 euros d’amende et dix ans d’inéligibilité à son encontre.

Des chauffeurs un peu particuliers

Le lendemain, dans la même salle d’audience, Patrick Balkany n’a pu que constater que le procureur avait changé pour l’examen du second dossier. D’un clin d’œil, il a tenté de l’attendrir… « Hier, votre collègue a encore requis dix ans d’inéligibilité contre moi, lui a-t-il lancé. Le problème, c’est que j’en ai encore trois à purger de ma précédente affaire. Dans trois ans, j’aurai 80 ans. Soyez rassuré, je ne me présenterai plus nulle part... »

Mais le procureur n’est pas du genre à croire les promesses de ce prévenu au casier désormais long comme le bras. D’autant que lui était là pour d’autres faits présumés de « détournement de fonds publics ». Entre 2010 et 2015, Patrick Balkany a, en effet, utilisé des agents municipaux comme chauffeurs personnels. Enfin, comme « conducteurs de sécurité », comme il le prétend.

Problème, les salaires de ces agents de la ville (trois policiers municipaux et un policier en détachement) ont été supportés par la mairie. Et que la distinction entre les trajets municipaux et les déplacements personnels a été très difficile à établir. Listant les conduites des petits-enfants des Balkany, occasionnellement d’une amie, l’enquête a aussi mis à jour que certains agents avaient accompagné le maire en vacances sur l’île de Saint-Martin où il possédait, naguère, la fameuse villa Pamplemousse. « Ils étaient invités en vacances ! Ce n’était quand même pas un enfer », s’emporte le prévenu.

Délibéré le 28 mai

Sauf que les choses sont beaucoup moins simples. Après des débats où l’on a frôlé l’outrage à magistrats et où la présidente, Céline Ballerini, a fini par faire projeter l’article de loi régissant l’usage des véhicules du maire, le parquet a pourri un peu plus la semaine de l’ancien édile. « Il lui fallait du personnel. Il lui fallait des larbins de service, comme l’a dit l’un des chauffeurs. Mais payés avec l’argent de la ville », a tancé, le procureur. Résultat, une nouvelle peine de deux ans de prison dont un an ferme requis. Ainsi qu’une amende de 150 000 euros et une nouvelle peine d’inéligibilité de dix ans.

Amaigri et visiblement affaibli par les dernières années passées devant les magistrats, Patrick Balkany est reparti du tribunal en se tenant le dos. Avec sa gouaille légendaire, il avait indiqué, au cours des débats, qu’il n’utilisait désormais plus de chauffeur. Et qu’il conduisait sa Mini tout seul.

Le délibéré dans ces deux dossiers sera rendu le 28 mai.

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