Le Quotidien du 9 février 2026 : Actualité judiciaire

[A la une] Affaire des assistants parlementaires du FN : des réquisitions lourdes à l’encontre de Marine Le Pen dont la candidature à l’Élysée s’éloigne

Lecture: 5 min

N3773B37

Citer l'article

Créer un lien vers ce contenu

[A la une] Affaire des assistants parlementaires du FN : des réquisitions lourdes à l’encontre de Marine Le Pen dont la candidature à l’Élysée s’éloigne. Lire en ligne : https://www.lexbase.fr/article-juridique/131531503-alauneaffairedesassistantsparlementairesdufndesrequisitionslourdesalencontredemarine
Copier

par Axel Valard

le 06 Février 2026

La question était attendue. Elle est arrivée, jeudi 5 février, alors que Jordan Bardella déambulait sous la grande Halle de la Villette, à Paris. « Est-ce que vous vous préparez à une campagne [présidentielle] sans Marine Le Pen ? » Le président du Rassemblement national a pris une grande respiration et a sorti le texte qu’il avait forcément préparé : « J’aimerais vous dire que non… Le RN sera là quoi qu’il arrive. J’espère que Marine pourra porter nos couleurs à l’élection présidentielle mais nous comptons y aller avec la volonté de gagner... ».

La vérité, c’est que le patron du parti n’a jamais été aussi proche d’être le candidat désigné pour le scrutin suprême. Depuis mardi 3 février. Peu après 18 heures, sur l’île de la Cité, deux avocats généraux ont requis une peine de quatre ans de prison dont un an ferme aménagé sous la forme d’une détention à domicile sous surveillance électronique (DDSE), une amende de 100 000 euros et surtout, une peine complémentaire de cinq ans d’inéligibilité à l’encontre de Marine Le Pen, jugée en appel pour « détournement de fonds publics », dans l’affaire dite « des assistants parlementaires des eurodéputés du Front national ».

Évidemment, ce ne sont que les réquisitions. Mais la cheffe de file des députés RN à l’Assemblée nationale sait très bien que si ces peines venaient à être prononcées par la cour, en juin prochain, elle ne pourrait pas faire autrement que de jeter l’éponge pour cette quatrième candidature à l’Élysée et alors qu’elle est la favorite des sondages.

Marine Le Pen a « professionnalisé » le système mis en place par son père.

Un brin fataliste, presque résignée, Marine Le Pen a traversé ce second procès en se rendant bien compte que ses arguments ne passaient pas la barre, ne « crantaient » pas auprès de la présidente de la cour, Michèle Agi, comme elle l’a confié à plusieurs reprises en privé. Et dans cet implacable réquisitoire de quasiment six heures, les deux avocats généraux n’ont fait finalement que résumer toutes les charges qui pèsent contre elle.

Certes, ils ont admis qu’elle n’avait pas été à l’origine du système de « détournement de fonds publics » destiné à faire supporter par le Parlement européen le coût de salariés qui travaillaient en réalité pour le parti. Mais pire… Elle l’a « professionnalisé à partir de 2012 », ont-ils asséné quelques mètres en surplomb de la principale prévenue sonnée. Surtout, « ce système aurait sans doute perduré si le Parlement européen n’avait pas saisi la justice », ont-ils ajouté. En cause ? Des dizaines de contrats d’assistants parlementaires rémunérés par les enveloppes du Parlement européen mais qui n’ont pas ou peu travaillé pour l’activité européenne des députés.

Ici, Julien Odoul qui a demandé à « rencontrer » sa députée alors qu’il était censé travailler déjà depuis quatre mois à ses côtés. Là, Louis Aliot incapable d’expliquer pourquoi il n’a eu qu’un contact par SMS (une invitation à une galette des rois) avec l’un de ses assistants européens qui, en revanche, passait beaucoup de temps à plancher sur les grandes manifestations du parti…

Quand le parquet général abandonne l’idée de l’exécution provisoire.

Dans ce réquisitoire, il y avait pourtant eu une petite lueur d’espoir. Aux alentours de 17 heures environ lorsqu’un des deux avocats généraux a expliqué, debout, et sans ciller, qu’il abandonnait l’idée d’assortir la peine d’inéligibilité de l’exécution provisoire. Selon lui, les conditions définies dans le jugement de première instance (risque de réitération des faits, risque de « trouble à l’ordre public démocratique » notamment) ne sont pas réunies.

Marine Le Pen a dû sourire à ce moment-là en se souvenant que ses avocats et les cadres de son parti ont bataillé pendant plus d’un an sur cette question. Mais c’est une victoire au goût amer. Si ce même raisonnement avait prévalu en première instance, ils n’en seraient pas là aujourd’hui, se disent-ils.

Ses avocats plaideront le 11 février.

Mais avec des « si », on ne peut pas refaire l’histoire. Et le parquet général a fini par requérir cette fameuse peine de cinq ans d’inéligibilité et de quatre ans de prison dont un an ferme. Si elle venait à être prononcée dans quelques mois, Marine Le Pen ne pourra pas aller plus loin. Faire campagne avec un bracelet électronique au pied ? Très peu pour elle. Quant à la peine de cinq ans d’inéligibilité, elle ne pourrait être effacée que par une décision de la Cour de cassation. Mais le pari est trop risqué. La triple candidate ne peut pas et ne veut pas patienter jusqu’en janvier 2027 pour un hypothétique succès en cassation… Que pourrait-elle faire si la Cour de cassation lui donne tort à ce moment-là ? Bombarder Jordan Bardella candidat de dernière minute ? Changer les affiches, les financements de campagne et la liste des meetings ? Matériellement impossible...

C’est donc pour ça qu’elle est aujourd’hui démunie. Certes, il reste à ses deux avocats, Rodolphe Bosselut et Sandra Chirac-Kollarik, la lourde tâche de plaider pour renverser la vapeur et espérer faire passer cette fameuse peine d’inéligibilité à deux ans maximum. Ce qui lui permettrait de pouvoir se présenter à quelques jours près dans la mesure où cette peine serait purgée au 31 mars 2027. Mais ils savent, tout comme elle, que le chemin à remonter est long et ardu. Leurs plaidoiries sont prévues pour le mercredi 11 février. Marine Le Pen sera, là, quelques mètres derrière eux. Mais elle sait déjà que son destin ne lui appartient plus.

 


 

newsid:493773

Cookies juridiques

Considérant en premier lieu que le site requiert le consentement de l'utilisateur pour l'usage des cookies; Considérant en second lieu qu'une navigation sans cookies, c'est comme naviguer sans boussole; Considérant enfin que lesdits cookies n'ont d'autre utilité que l'optimisation de votre expérience en ligne; Par ces motifs, la Cour vous invite à les autoriser pour votre propre confort en ligne.

En savoir plus