Le Quotidien du 16 janvier 2026 : Actualité judiciaire

[A la une] Affaire des assistants des eurodéputés du FN : Marine Le Pen infléchit légèrement sa position mais se heurte à la réalité de l’audience

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[A la une] Affaire des assistants des eurodéputés du FN : Marine Le Pen infléchit légèrement sa position mais se heurte à la réalité de l’audience. Lire en ligne : https://www.lexbase.fr/article-juridique/128092018-a-la-une-affaire-des-assistants-des-eurodeputes-du-fn-marine-le-pen-inflechit-legerement-sa-position
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par Axel Valard

le 16 Janvier 2026

Des sentiments mêlés ? Peut-être est-ce encore la meilleure façon de résumer les trois premiers jours d’audience au procès en appel dit des « assistants parlementaires des eurodéputés du Front national », dans lequel Marine Le Pen tient le rôle-titre. Lourdement condamnée en première instance (quatre ans de prison dont deux ans ferme sous bracelet électronique et 100 000 euros d’amende), la cheffe de file des députés RN à l’Assemblée nationale est, à ce stade, dans l’incapacité de pouvoir se présenter à l’élection présidentielle de 2027 en raison de sa peine complémentaire de cinq ans d’inéligibilité assortie d’une exécution provisoire. Autant dire qu’elle joue, dans ce second round, autant son avenir judiciaire que politique.

C’est sans doute pour cela qu’elle a, un peu, infléchi sa stratégie de défense par rapport à la première instance dès le premier jour du procès. Après une lecture forcément fastidieuse du rapport par la présidente, Marine Le Pen a eu l’occasion, mardi 13 janvier, de se présenter à la barre pour donner les raisons pour lesquelles elle avait fait appel du premier jugement. « Si un délit a été commis, a-t-elle attaqué. Et tout le monde semble dire qu’il y a eu un délit. Je veux bien l’entendre... ». Avant d’ajouter dans la foulée, « Mais, je tiens à préciser qu’à aucun moment, nous n’avons eu le sentiment de commettre un délit...».

Fini donc le temps où elle dénonçait un complot politique visant à l’abattre. Fini le temps où son fidèle lieutenant et possible remplaçant, Jordan Bardella, critiquait « la tyrannie des juges rouges ». Non, le mot d’ordre consiste à dire qu’il y a peut-être eu un problème mais qu’il n’était pas, en tout état de cause, intentionnel. On parle ici d’un « système » de détournement de fonds publics visant à faire supporter au Parlement européen la rémunération d’assistants parlementaires qui travaillaient, en réalité, pour le parti et non pas pour leurs eurodéputés.

Un tableau en annexe de l’ordonnance au cœur des débats.

Inutile de dire que ce n’est pas ça qui a modifié l’ordre de marche du parquet général. Mais dès le lendemain, mercredi 14 janvier, Marine Le Pen et ses onze coprévenus (douze autres n’ont pas fait appel du premier jugement) ont découvert avec autant de plaisir que de stupéfaction que l’accusation pouvait être d’accord avec eux. Sur un point qui n’a rien d’un détail.

En première instance, le tribunal avait fondé sa décision sur un nombre de contrats dits fictifs conclus entre des eurodéputés et des assistants parlementaires. La liste de ces fameux contrats figurait dans un tableau annexé à l’ordonnance des juges d’instruction. La défense avait bataillé pour revoir ce tableau à la baisse, pour évacuer certains contrats. Sans convaincre. Mais cette fois-ci, interrogé sur cet embrouillamini procédural, le parquet général a lâché. Selon lui, il ne faut pas se fonder sur ce tableau. Ce qui évacue de fait environ 30 % des contrats litigieux et permet au Rassemblement national d’espérer recouvrer environ 1,4 million d’euros déjà versés au Parlement européen au titre des dommages-intérêts.

La cour d’appel, en toute logique, a décidé de joindre au fond la question. C’est-à-dire d’attendre la fin du procès pour trancher ce point.  Mais on a bien compris dans le prétoire que l’addition serait sans doute un peu moins salée pour les prévenus qu’en première instance. « On a l’impression de beaucoup plus de sérénité que lors du premier procès, lâchait même Rodolphe Bosselut, l’avocat principal de Marine Le Pen. La dernière fois, nous n’étions pas du tout écoutés. Ce n’est pas le cas cette fois-ci...».

Fernand Le Rachinel torpille la défense.

Si la cour d’appel écoute plus que le tribunal en première instance, cela peut aussi avoir de fâcheuses conséquences pour la défense, comme l’a montré la journée du jeudi 15 janvier. D’abord, durant la matinée, lorsque Didier Kléthi, directeur général des Finances du Parlement européen et partie civile dans ce dossier, est venu confirmer qu’il était bien « la victime » d’un « système », sans l’ombre d’un doute.

Avec une pointe d’accent belge un peu chantant mais un phrasé de haut fonctionnaire, il ne s’est pas dérobé aux questions de la défense qui, pendant près de quatre heures, ont tenté de le faire vaciller au motif que le Parlement n’aurait pas assez « contrôlé » le Front national et l’aurait, donc, laissé commettre le délit. Comme si un détournement de fonds publics pouvait se faire à l’insu de son plein gré, pour reprendre une expression chère au monde du cyclisme.

Du vélo au football, il n’y a qu’un pas. Et c’est peut-être pour cela que Fernand Le Rachinel a marqué plusieurs buts contre son camp durant l’après-midi qui a suivi. Prévenu dans ce dossier, condamné à deux ans de prison avec sursis en première instance, l’ancien eurodéputé est le premier dont le cas est examiné. Il est âgé et « un peu sourd » reconnaît-il d’emblée. Il n’a plus sa superbe des années 2000 où il était proche de Jean-Marie Le Pen et servait notamment de bailleur de fonds. Mais il semble en avoir gardé un souvenir intact. Au grand dam de Marine Le Pen et consorts.

« Les assistants [parlementaires] étaient nombreux, ils travaillaient vraiment mais ils n’étaient pas dans les bonnes cases, reconnaît-il d’emblée. C’est sûr que moi, j’aurais bien voulu avoir des assistants dédiés, mais Jean-Marie Le Pen avait décidé de ce système. Si j’avais su que 20 ans plus tard, je serais condamné, je n’aurais pas signé ces contrats, je ne voyais pas le mal...».

Une première banderille dans le dos de la défense, donc, qui conteste toujours toute irrégularité dans l’organisation des choses. Le procès doit reprendre la semaine prochaine avec comme point d’orgue l’audition de Marine Le Pen prévue les 20 et 21 janvier. Une journée et demie pour tenter de renverser la vapeur.

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