Le Quotidien du 18 septembre 2025 : Actualité judiciaire

[A la une] Le procès de trois « Revenantes » de Syrie s’est ouvert devant la cour d’assises à Paris

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par Axel Valard

le 17 Septembre 2025

Elle a commencé par rabattre le pan de sa veste grise sur son chemisier blanc. Puis elle a tendu les mains aux gendarmes afin qu’ils lui ôtent les menottes. Jennyfer Clain a alors embrassé du regard le box des accusés. Alors, seulement, la trentenaire a adressé un grand sourire à son avocat. Un sourire qui lui donnait l’air d’une éternelle adolescente. Comme si, finalement, elle était heureuse d’être là, devant cette cour d’assises spécialement composée après des années de détention provisoire.

Six ans exactement depuis qu’elle a été interpellée en Turquie et ramenée en France. Autant que Christine Allain, 67 ans. Mayalen Duhart, 42 ans, elle, comparaît libre. Trois « revenantes » de Syrie. Trois femmes jugées pour association de malfaiteurs terroristes. Pour avoir adhéré aux thèses de l’État islamique, avoir vécu sur ce qu’on appelle benoîtement le « théâtre des opérations » à Raqqa en Syrie. Et pour y avoir emmené et élevé leurs enfants pour deux d’entre elles.

Leur procès s’est donc ouvert lundi 15 septembre sur l’île de la Cité à Paris. Et comme toujours dans ce genre de dossier, il donne à voir une équation quasi insoluble. Peut-on croire aujourd’hui ces femmes lorsqu’elles assurent être totalement sorties de l’emprise mortifère de Daesh alors que l’on découvre ce qu’elles ont fait, ce qu’elles ont traversé ? Après le rappel des faits terribles par la présidente de cette cour d’assises, Jennyfer Clain est la seule à avoir tenu à prendre la parole.

« Je regrette. Je regrette tellement. Je ne suis pas ici pour nier. Oui, j’ai adhéré à cet état terroriste tueur. Oui, j’ai emmené mes enfants alors que je devais les protéger. J’aimerais bien revenir en arrière. Mais malheureusement, je ne le peux pas ». La jeune femme sait en plus qu’elle porte toujours un nom tristement célèbre dans la djihadospère : Clain. Le même que Jean-Michel et Fabien, les « voix » de Daesh qui ont revendiqué les attentats du 13 Novembre. Ceux qui ont entonné des anasheed, ces chants religieux, pour se réjouir des massacres perpétrés dans les rues de Paris. Jennyfer Clain est leur nièce.

Ils allaient au parc mais assistaient à des exactions.

Car avant d’être un dossier d’emprise terroriste, ce dossier est surtout une histoire de famille. Christine Allain, la plus âgée des accusées, est en réalité la belle-mère des deux femmes qui l’accompagnent dans le prétoire. Ses fils ont épousé les deux jeunes femmes. Aujourd’hui, l’un a été condamné à mort en Irak et attend depuis de savoir ce qu’il va devenir. Le second est, a priori, détenu quelque part au Kurdistan.

Avec leurs épouses et leurs neuf enfants, ils résidaient donc à Raqqa. Attiré par la puissance du « califat » lorsque celui-ci a vu le jour en 2014. « Pour Jennyfer Clain, c’était un rêve de vivre dans un pays qui applique la charia », a rappelé l’enquêtrice de personnalité au premier jour d’audience. Et quand elle décrit qu’elle allait « au parc », qu’elle faisait « la cuisine » et « des activités manuelles » avec les petits âgés alors de 3 à 9 ans, on se demande alors si sa vie était vraiment différente.

Bien sûr que oui. La suite des débats a plongé la cour d’assises spéciale dans les atrocités de la guerre. D’abord lorsque Jennyfer a admis avoir eu des doutes lorsque ses proches ont été arrêtés et torturés sur place. Ensuite lorsqu’on a découvert que leur logement était à une centaine de mètres de la place où Daesh organisait les « exécutions publiques » tous les vendredis. « Oui, les enfants ont été témoins des exactions violentes », a sobrement rappelé la présidente.

Car c’est bien le sort des enfants qui interroge ici la cour d’assises. Pour bien centrer les débats, la présidente a fait une longue digression pour rappeler que Mayalen Duhart avait donné naissance à un fils, en 2016, alors qu’elle se trouvait sous les bombes. Et que celui-ci était décédé au bout d’une dizaine de mois, faute de soins... « Vous rappelez-vous sa date de naissance ? » a interrogé la magistrate. « Non… C’était fin 2016. Il est mort en 2017 », a sobrement répondu l’accusée, contrite.

Les enfants souhaitent se constituer partie civile à l’audience.

Au-delà de l’accusation d’association de malfaiteurs terroristes, les deux plus jeunes femmes de ce procès doivent aussi répondre de soustraction à leurs obligations de mère. Au fait d’avoir contrevenu « à la santé, à l’éducation, à la moralité » de leurs enfants en les emmenant sur cette zone et en les maintenant là-bas. « En les mettant en danger physique et psychologique », a encore asséné la présidente.

Aujourd’hui âgés de 9 à 19 ans, les enfants ont justement souhaité se constituer partie civile dans la procédure. Certains d’entre eux, le visage dissimulé sous un masque chirurgical ou une grosse écharpe, ont assisté aux débats. Leurs histoires devraient être examinées en détail à partir de vendredi 19 septembre. Nul doute qu’elles viendront nourrir la réflexion des magistrats professionnels chargés de juger ces trois femmes. Chargés d’estimer si elles peuvent être réinsérées dans la société. Toutes les trois encourent une peine de 30 ans de réclusion criminelle. Le verdict doit être rendu le 26 septembre.

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