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par Axel Valard
le 14 Novembre 2025
Aujourd’hui âgée de 43 ans, Lydia Hadjara assure avoir été l’esclave sexuelle de Claude Vorilhon dans sa jeunesse. Leader du mouvement raélien, cet homme est aujourd’hui exilé au Japon où il continue d’attendre l’arrivée des extraterrestres.
Sur les dernières images publiques de lui, tournées pour les besoins d’un documentaire sur Netflix, Claude Vorilhon apparaît tout sourire. En train de marcher tranquillement sur une plage de l’île d’Okinawa, au Japon, où il s’est exilé. Chapeau de paille sur la tête, dans sa traditionnelle tenue blanche assortie à sa barbe fournie et sur laquelle rebondit un énorme pendentif qui ne le quitte jamais. « Les gens s’entraînent énormément à se rappeler des choses, lâche-t-il encadré par deux jeunes femmes lors d’une drôle de séance de méditation. Moi, je m’entraîne à oublier. Oublier le passé complètement…».
C’est pourtant ce passé qui pourrait le rattraper en France. A 79 ans, celui qui se fait toujours appeler Raël est visé par une plainte pour « viols », « abus de faiblesse » et « actes de tortures ou de barbarie » sur fond d’emprise sectaire. Selon les informations de BFMTV, elle a été déposée, mardi 11 novembre, devant le doyen des juges d’instruction du tribunal de Lyon (Rhône) par Lydia Hadjara.
Aujourd’hui âgée de 43 ans, cette femme dénonce le fait d’avoir été l’esclave sexuelle du leader du mouvement pendant des années. L’un de ses « anges » à qui il avait octroyé le statut « cordon doré plume rose », en prévision de l’arrivée des extraterrestres. Car Claude Vorilhon se présente toujours comme « le prophète des Elohim », des extraterrestres prétendument à l’origine de la création de l’Humanité et qui n’attendent, selon lui, que la construction d’une ambassade pour revenir nous voir.
« Je n’avais pas le droit de lui refuser quoi que ce soit ».
Lui assure les avoir rencontrés en 1973 alors qu’il se trouvait dans le Puy-de-Dôme. C’est là qu’il a pris le nom de Raël et a commencé à rassembler les foules autour de sa pensée. Aujourd’hui encore, son mouvement revendique quelque 100 000 adeptes à travers le globe. Moins que dans le passé. Mais suffisamment pour continuer à fasciner. L’an dernier, Netflix a ainsi diffusé un documentaire en quatre épisodes consacrés à son histoire. Un documentaire qui évoque, notamment, la grande liberté sexuelle des adeptes du mouvement tout en cachant pudiquement sa partie la plus sombre. « Il faut quand même rappeler que Raël a promu, dans ses écrits, l’éducation sexuelle des enfants par les adultes », rappelle ainsi Aline Lebret, l’avocate de Lydia Hadjara.
De fait, c’est à l’âge de 4 ans que Lydia Hadjara dit avoir été emmenée par ses parents dans différents camps raéliens. Dans sa plainte – qui reprend en partie les faits qu’elle avait révélés dans un ouvrage (J’étais son esclave, City Editions) début 2025 – elle explique ainsi comment le leader l’a repérée quelques années plus tard. Et puis, comment il l’a confiée, alors qu’elle n’avait que 10 ans, à un guide-évêque, « lequel l’a initiée à des pratiques sexuelles » afin qu’elle soit « prête » pour satisfaire le leader spirituel, sitôt sa majorité atteinte.
« En parallèle de ma formation aux tâches ménagères et à la logistique du foyer, je couchais avec Raël dès qu’il en avait envie, témoigne-t-elle dans son livre à propos de cette période. N’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Il avait un grand appétit sexuel (…) Je n’avais pas le droit de lui refuser quoi que ce soit ». Y compris lorsqu’il utilisait des objets tels qu’une fourchette lors de séances présentées comme des « épreuves de dévotion ». Ou qu’il la livrait à des chiens, à l’occasion d’une promenade en forêt, d’après les éléments contenus dans sa plainte que BFMTV a pu consulter.
Un appel à témoins pour trouver d’autres plaignantes et une procédure en diffamation.
Aujourd’hui, Lydia Hadjara a donc décidé de porter plainte contre le leader du mouvement et ses deux condisciples accusés de l’avoir « préparée sexuellement ». « Cette procédure n’est pas motivée par le procès pour ‘’injures’’ que Raël a récemment intenté contre ma cliente et qu’il a perdu, indique Aline Lebret. Mais bien pour que Lydia soit reconnue comme victime et pour protéger les autres femmes ».
Une démarche utile à plus d’un titre. Les faits dénoncés par Lydia Hadjara étant vraisemblablement prescrits, son avocate a décidé de lancer un appel à témoins (appelatemoin@mrlp-avocats.fr) pour que d’autres éventuelles victimes de faits plus récents se manifestent. Une façon de forcer la justice à s’intéresser à la question de la prescription glissante et, à terme, d’envisager l’opportunité de faire juger Raël.
Contacté par BFMTV, l’avocat du leader spirituel assure n’avoir pas été avisé de la plainte pour « viols » visant son client. Mais rappelle qu’une procédure en diffamation était engagée précédemment contre Lydia Hadjara qu’il qualifie « d’affabulatrice ». Une audience sur ce point doit se tenir à Paris le 28 mars prochain.
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