La lettre juridique n°400 du 24 juin 2010 : Avocats/Institutions représentatives

[Questions à...] Célébration du bicentenaire du rétablissement du barreau de Paris (1810/2010) - Questions à Jean Castelain, Bâtonnier de l'Ordre des avocats du barreau de Paris

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[Questions à...] Célébration du bicentenaire du rétablissement du barreau de Paris (1810/2010) - Questions à <b>Jean Castelain, Bâtonnier de l'Ordre des avocats du barreau de Paris</b> - par Anne Lebescond, Journaliste juridique

par Anne Lebescond, Journaliste juridique, le 07-10-2010

Un moment historique au rayonnement international.

C'est ainsi qu'est communément envisagée la célébration du bicentenaire du rétablissement par Napoléon du plus grand barreau de France, celui de Paris, cérémonie qui se déroule les 24, 25 et 26 juin 2010. Un peu d'histoire... En 1790, un décret de l'Assemblée nationale met brutalement fin à la profession d'avocat, au nom du principe de la liberté absolue de défense. La réorganisation de la profession ne surviendra qu'en 1810, sous le contrôle strict du parquet impérial, Napoléon éprouvant la plus grande méfiance pour le barreau, agacé par sa liberté de parole et d'action. Un décret du 14 décembre 1810 prend, donc, soin de "poser les bornes qui doivent la séparer de la licence et de l'insubordination". Fort heureusement, à la chute de l'Empereur, les avocats ne mettront pas longtemps à se dégager de cette tutelle : aussitôt reconnu roi des Français, Louis-Philippe donne aux avocats le droit d'élire leurs dirigeants et la faculté d'exercer sans contraintes leurs fonctions sur l'ensemble du territoire, par l'ordonnance du 27 août 1830. Mais, en définitive, plutôt que de se tourner vers le passé, Jean Castelain, Bâtonnier de l'Ordre des avocats du barreau de Paris préfère se concentrer sur l'avenir et inscrire cette célébration dans la modernité, ainsi qu'il nous l'a confié lors d'une récente rencontre. Lexbase : Dans quel état d'esprit abordez-vous la célébration du bicentenaire du barreau de Paris ?

Jean Castelain : Je suis très serein et, naturellement, fort enthousiaste. Mes confrères, lors de mon élection, ont attiré mon attention sur la chance que j'avais d'être le Bâtonnier du Bicentenaire. Il s'agit d'un grand honneur et j'entends donner à cette cérémonie tout son éclat.

Le barreau de Paris mérite, en effet, une grande commémoration. Il est le premier barreau de France sur tous les plans (en termes d'avocats inscrits, de chiffre d'affaires, de personnalités, d'activité internationale, de poids dans la vie publique, de rôle dans la défense des avocats à l'étranger, etc.). Paris est, en outre, la première place mondiale en matière d'arbitrage international.

Je souhaite offrir aux 22 000 avocats parisiens un événement exceptionnel, auquel s'associent de nombreux partenaires de qualité (dont la cinquantaine de cabinets internationaux implantés à Paris, ainsi que des grandes entreprises telles qu'Aon, Oddo & Cie, Radio classique, Le point, BNP Paribas, International Herald Tribune, Les Echos, etc.). Sont conviés à cette célébration des représentants des barreaux français et étrangers, des décideurs des grandes entreprises, des magistrats et, plus généralement, des personnalités issues du monde des affaires, économique et financier, institutionnel, culturel, etc..

Cet événement va écrire une belle page du barreau de Paris.

Lexbase : Quel est le programme ?

Jean Castelain : La célébration se déroule sur 3 jours, les 24, 25 et 26 juin prochains et comporte trois axes :

- l'un institutionnel, le 24 juin à 17 heures, le Président de la République, Nicolas Sarkozy, inaugure la cérémonie au Palais de Justice, où il apposera une plaque commémorative, suivie d'une réception à 19 heures dans le salon de l'Hôtel de Ville, en présence de Bertrand Delanoë, Maire de Paris ;

- l'un international, avec la tenue des conférences du droit et de l'économie à l'Unesco les 25 et 26 juin 2010 ; et

- le dernier convivial, avec les nuits du barreau les 25 et 26 juin, au cours desquelles auront lieu une chorégraphie de plus de cinquante danseurs, une illumination spectaculaire des lieux, un show aérien en déambulation sous le dôme du Grand Palais, un concert privé de Thomas Dutronc, une prestation de célèbres DJ jusqu'au petit matin et plusieurs autres surprises...

Lexbase : Pourquoi avoir choisi comme thème "Ordre et transgression - les leviers juridiques du progrès" ?

Jean Castelain : Michèle Alliot-Marie a très justement déclaré que "la crise a trouvé son origine dans la finance ; elle trouvera son issue dans le droit". Je partage pleinement ce point de vue et nous souhaitons placer cette célébration sans précédent sous le signe du progrès et de l'innovation.

En effet, si la crise financière a bouleversé le droit et l'économie, nous sommes, aujourd'hui, dans une configuration inédite où cohabitent droit existant et transgression de la norme. Or, cette dernière peut tout à fait être une "innovation créative" -selon les termes de Dominique de la Garanderie- aboutissant à une nouvelle norme. Nous en avons un bon exemple avec la création du G20 : certains ont pris l'heureuse initiative d'aller plus loin que ce qui était attendu. Et la question se pose, désormais, de savoir comment cette impulsion va s'organiser sur le long terme ? Il est, nécessaire, d'y apporter un cadre. Le cadre juridique est le plus opportun.

Je suis, ainsi, convaincu que la norme juridique, sortie de son carcan, constitue un élément fédérateur, une force créatrice, une réponse à la crise. Elle a pour vocation de réhabiliter et d'asseoir des valeurs essentielles tels que la morale, les règles déontologiques et éthiques et le respect des droits fondamentaux dans le monde.

L'occasion nous est donnée de débattre des nouveaux choix stratégiques, des nouvelles voies de gouvernance qui réinventent la croissance dans un monde plus responsable. Nous le ferons au cours de cette conférence exceptionnelle intitulée "Ordre et transgression, les leviers juridiques du progrès", organisée par le Bâtonnier Dominique de la Garanderie. Celle-ci s'étalera sur deux jours (les 25 et 26 juin) et sera ouverte par Irina Bokova, directrice générale de l'Unesco. Elle regroupera près d'une quinzaine de tables rondes aux cours desquelles interviendront des juristes de renom, des dirigeants de grandes sociétés multinationales, des personnalités politiques de premier plan, etc..

Seront, ainsi, abordés les thèmes suivants :

- Gouvernance mondiale, le devoir de transgression ? ;
- Investir à bon droit ;
- Face au risque judiciaire, l'avocat médiateur et arbitre ;
- L'entreprise collaborative et ses parties prenantes ;
- Du risque financier à l'économie de la responsabilité ;
- L'entreprise à progrès collectif ;
- Opinions minoritaires et Bien commun ;
- La finance islamique à l'épreuve des Valeurs ;
- La démarche conformité juridique ;
- L'arme du droit ;
- Le droit, levier du développement (Legal empowerment) ;
- Quel cadre pour la microfinance ? ;
- Sortir de la doxa, d'où viendra l'innovation ? ; et
- Ordre et transgression, le droit levier du progrès collectif.

Lexbase : En quoi cette célébration a-t-elle un rayonnement international très fort ?

Jean Castelain : En 1910, quand a été célébré le centenaire du rétablissement du barreau de Paris, les représentants des barreaux du monde entier ont été conviés. L'expérience sera renouvelée pour le bicentenaire.

J'ai, également, souhaité que les Bâtonniers qui le souhaitent s'adressent au barreau de Paris par le biais d'un message audiovisuel, enregistré dans leur langue et portant, notamment, sur les thèmes de "la défense des plus démunis et la protection des droits fondamentaux, mais aussi [sur ceux de] la place de l'avocat dans le rayonnement du droit et sa contribution par ses compétences reconnues et les garanties qu'il apporte au développement économique". Ces messages sont actuellement diffusés sur le site du Bicentenaire de notre barreau et le seront, également, au cours des Nuits du barreau. Nombreux sont ceux qui ont répondu positivement à cette invitation (1).

Lexbase : Quels moyens cette célébration nécessite-t-elle ?

Jean Castelain : Jusqu'à présent, cet événement a impliqué plus de sept mois de préparatifs, des dizaines de personnes mobilisées, dont plusieurs à temps complet et une enveloppe de 4,7 millions euros, majoritairement constituée des fonds versés par nos sponsors.


(1) Not., Yori Geiron, président of the Israel Bar, Marc Chabonneau, Bâtonnier du barreau de Montréal, Kevin Caroll, président of the Canada bar association, Lu Chan Khuong, Bâtonnière du barreau du Québec, Germ Kemper, Amsterdam Bar Association, Samuel W. Seymour, President, New York City Bar Association, Carlos Carnicer Díez Presidente del Consejo General de la Abogacia Española, Kazuo Wakatabi Président of the Tokyo Bar Association, Anita Alvarez, President of the Chicago Bar Association, Nicholas Green QC Chairman of the General Council of the Bar, Luiz Flávio Borges d'Urso, bâtonnier du barreau de São Paulo, Kim M. Boyle President of the Louisiana State Bar, Michael A. Patterson President-Elect of the Louisiana State Bar Association Association, Søren Jenstrup Chairman, Danish Bar and Law Society.

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