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par Axel Valard
le 16 Septembre 2025
Il y a quelques années, seules les paroles des titres de Booba faisaient débat. De ce qu’il est acceptable de chanter ou pas. Désormais, ce sont ses propos sur les réseaux sociaux qui créent la polémique. Déjà mis en examen, à Paris depuis octobre 2023, pour le harcèlement en ligne aggravé de Magali Berdah, l’ancienne papesse des influenceurs, le rappeur est désormais également renvoyé devant le tribunal judiciaire de Paris pour des injures publiques à caractère discriminatoire et du cyberharcèlement à l’encontre de deux autres personnes. C’est le parquet de Paris qui l’a annoncé à la presse jeudi 11 septembre.
Booba, Elie Yaffa de son vrai nom, sera donc jugé le 3 décembre par la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris. D’abord pour des propos tenus sur le réseau social X (anciennement Twitter) à l’encontre de Linh-Lan Dao. En janvier 2024, cette journaliste de France Info avait publié un article expliquant qu’il n’y avait aucun lien entre les vaccins à ARN messager et la maladie de Creutzfeld-Jacob, contrairement à ce que Booba affirmait, sans nuance, à ses nombreux followers. Piqué dans son orgueil, le « Duc de Boulogne » s’en était pris directement à elle en réponse, en évoquant alors ses origines vietnamiennes. « Les basics ou un strip poker sans cartes autour d’un bon wok de légumes », avait-il notamment publié, accompagnant son message d’une photo de la journaliste.
Le même mois de l’année 2024, le rappeur avait également visé, sur le réseau social, l’essayiste Tristan Mendès France, coupable à ses yeux, d’avoir justement dénoncé son attitude en ligne. « Il est nez avant la honte », avait-il publié sur X, en faisant évidemment référence au fait qu’il est juif. « Nezfaste », avait-il poursuivi, dans la même veine, en accompagnant son message d’une photo de l’écrivain collée à un autre cliché du tueur en série Francis Heaulme.
Les origines de Linh-Lan Dao, le « nez » des Mendès France...
Comme cela s’était déjà produit envers Magali Berdah, les messages publiés à l’époque ont été relayés et commentés par une partie des 6,5 millions de followers de Booba. Chacun se sentant libre d’ajouter, ici un smiley, là une réaction quand ce n’est pas un jeu de mots ou une insulte… Comme un effet « boule de neige » terriblement douloureux pour les victimes. Un phénomène de meute désormais bien connu de tous ceux qui fréquentent les réseaux sociaux.
Sauf que, cette fois, la justice a décidé de ne pas laisser passer. D’abord parce que Linh-Lan Dao avait déposé plainte dès la survenue des faits. Surtout parce que la politique pénale du parquet spécialisé dans la lutte contre la haine en ligne consiste dorénavant à tenter d’arrêter ce genre de procédé néfaste. « Le harcèlement que ma cliente a subi et les injures à raisons de son origine qui ont été proférées par Booba, suivies et relayées par des centaines d’internautes, ne peuvent rester impunis », a réagi Ilana Soskin, l’avocate de Linh-Lan Dao, à l’annonce du renvoi du rappeur installé à Miami (États-Unis).
Tristan Mendès France, lui, s’est contenté de confier à l’Agence France Presse qu’il n’était pas à l’origine de la procédure, qu’il ne se constituerait pas partie civile, mais qu’il mesurait bien les dangers du cyberharcèlement. « Avec son empreinte sur X, ses messages ont déclenché un flot spectaculaire de commentaires antisémites, a-t-il précisé. Il faut avoir une culture historique lamentable pour ne pas se rappeler des attaques antisémites contre le nom Mendès France et particulièrement Pierre Mendès France (président du Conseil sous la IVe République) dont l’effigie avait été brandie lors de l’exposition pétainiste sur les juifs... »
Booba est « parfaitement serein » selon ses avocats
Le principal intéressé, lui, n’a pas répondu à la polémique, continuant simplement à alimenter ses réseaux sociaux de messages portant sur la musique ce qui est quand même bien mieux. Mais il est très tranquille, d’après ses avocats. « C’est une chambre spécialisée en droit de la presse qui va connaître de cette affaire, ont ainsi simplement commenté Gilles Vercken et Marie Roumiantseva. Booba est parfaitement serein et réserve ses explications au tribunal. »
En attendant, il a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d’entrer en contact avec les victimes. Il a également dû s’acquitter d’une caution dans l’attente de cette audience du 3 décembre prochain. Une audience au cours de laquelle il risquera une peine pouvant aller jusqu’à deux ans de prison et 45 000 euros d’amende.
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